vendredi 18 juillet 2008
Appel pour le livre
Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire
lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont
ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du
livre, dite « loi Lang ».
Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et
libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du
livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements
remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du
marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition
françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du
gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la
communication, a souligné combien cette loi restait un outil
indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde,
ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a
indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système
législatif actuel.
Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées
fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du
commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des
parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler
le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une
volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière
leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir
d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la
diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.
Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part
indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500
points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des
plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture
publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour
l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale
des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec
d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces
culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet.
Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels
comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans
qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle
et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.
Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des
circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le
maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier
roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande
dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu,
d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous
les publics, voilà notre modèle.
Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est
le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché
afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière
du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables
lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du
prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel
que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur
Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des
prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de
présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre
des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin
de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.
De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux
idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une
dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite
que l’inflation.
En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la
création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si
courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une
variété et une densité de points de vente du livre particulièrement
remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de
la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus
accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix
unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et
pour notre culture.
La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle
mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.
source Lekti
signer sur le site Pour le livre



